On lit souvent (y compris dans le dictionnaire de ce site !) que le kick-boxing est une discipline d'origine japonaise. Comment distinguer la discipline elle-même et le terme "kick-boxing", qui ressemble - on l'a compris - plus à de l'Américain qu'à du Japonais ! Alain Delmas et Jean-Roger Callière, spécialistes de la question, nous aident à y voir plus clair sur l'origine de la boxe pieds-poings, et sur l'apparition du terme "kick-boxing" et de la discipline ainsi baptisée.
éterminer la naissance des boxes pieds-poings n'est pas chose facile. Les premiers combats mettant en scène des protagonistes devant un public datent de la naissance de la civilisation. Cependant avant le christianisme, c'est en Egypte, en Macédoine, en Asie et à Rome que l'on retrouve les traces de confrontations de type "boxe". En Grèce, on parlait de Pugilat et de Pancrace, puis en Birmanie, de Boxe birmane (Bama lethwei). L'ancien Pancrace grec peut être considéré comme précurseur de règles de "boxe totale", puisque tout type de frappe y était autorisé. Il en est de même pour la Boxe birmane où le boxeur utilisait l'ensemble de son corps comme arme. Cette dernière a donné naissance, suite à l'histoire mouvementée de cette région de l'Asie du Sud-Est, à la Boxe thaïlandaise (ou Muay-thaï).
Précision terminologique
Kick-boxing, peut se traduire par boxe pieds-poings (to kick : "donner un coup de pied" et boxing, bien sûr, relatif à l'action de délivrer des coups de poing). Le terme Kick-boxing, outre atlantique, est une appellation générique de l'ensemble des pratiques de percussion utilisant les techniques de jambes. Chez nous en France, l'activité Kick-boxing, dans la plupart des clubs de boxes sportives pieds et poings, est devenue une discipline à part entière. À l'origine le Kick-boxing américain est un règlement de compétition, permettant aux compétiteurs des différentes pratiques martiales de se rencontrer dans un certain type de confrontation (à l'origine celui de la W.K.A. - World Karate Association). Il s'est tellement répandu, qu'il est devenu l'une des formes de sport de combat inspirée des arts martiaux la plus pratiquée au monde.
Le kick-boxing japonais
Pour certains, le terme Kick-boxing aurait été inventé au Japon après les jeux olympiques de 1964 par le promoteur de combats Osamu Noguchi pour désigner une version japonaise du Muay-thaï. Celui-ci en voyage d'étude dans les pays du sud-est asiatique s'inspira de ce qu'il voyait sur les rings thaïlandais. Peu de temps après, grâce à l'enthousiasme de Kenji Kurosaki adepte de Kyokushinkai (forme de Karaté autorisant les contacts) naissait le Kick-boxing japonais (une boxe où le règlement permettait de frapper à coups de pied, de poing, de genou et de coude, agrémentée de certaines projections de Judo). Le succès fut immédiat. Après avoir créé son propre style de combat, Kenji Kurosaki mit en place un célèbre camp d'entraînement, en 1969, le Méjiro-Gym de Tokyo. Il eut pour élèves des pratiquants renommés comme Akio Fujihira, Toshio Tabata, Yoshiji Soéno, le Français Patrick Brizon, le Hollandais Jan Plas (célèbre entraîneur hollandais) et le brillant Toshio Fujiwara (légende du Kick-boxing japonais avec 129 victoires). Au cours des premières années, les kick-boxeurs nippons venaient directement du Kyokushinkai.
Évolution et mutation des formes de rencontre aux U.S.A.
À la même période aux États-Unis l'engouement pour le Karaté ainsi que pour les autres arts martiaux (Kempo, Kung-fu, Taekwondo...) et la volonté de certains médias font évoluer les choses. Différents styles de pratiques martiales développèrent des formes de contact variées. De nombreux champions désireux de faire connaître la diversité de leurs techniques, contribuèrent à leur évolution. Des tournois étaient organisés par des styles de combat divers ; comme l'United States National Karate Championship de Jhoon Rhee, la Bataille d'Atlanta d'Ed Parker, et dès 1963 les opens sur ring de Bando Burmese kickboxing (forme héritière de l'ancestrale Boxe birmane). D'autres tournois importants comme le Mas Oyama All Worth America Championship (Karaté Kyokushinkai au K.O.) ont changé les traditionnels tournois de karaté jusqu'alors organisés sans contact. Également, l'idée de Bruce Lee (célèbre acteur de cinéma, au milieu des années 1970) et de Jhoon Rhee (professeur d'Alan Steen, de Jeff Smith et de Gordon Franks) de combattre avec protections et gants, a ouvert une nouvelle voie pour tous les amateurs de "combat réel".
Un tournant décisif
Aux États-Unis, certains situent la naissance du Kick-boxing le 17 janvier 1970 à Long-Beach (Californie), quand Lee Faulkner organisa une rencontre sur ring au K.O., opposant Joe Lewis à Greg Baines, combat de Full-contact Karate appelé American Kickboxing par un journaliste.
Enfin, une autre hypothèse semble faire l'unanimité. Au milieu des années 1970, certains karatékas de haut niveau, décidèrent d'apporter la dose de contact qui manquait à leur discipline de compétition. C'est ainsi que commença la "révolution" du karaté. Ils procédèrent à des essais de nouvelles formes de combat. D'abord l'idée de l' "open", satisfaisait les exigences de tous les adeptes des arts martiaux, où les pratiquants portaient des protections en matériau expansé, ce qui leur permettait de toucher un peu plus l'adversaire et sans que le K.O. soit permis. Ainsi on parla d'un American karate, en fait, il s'agissait d'un "point karate" (karaté de type escrime olympique à la touche contrôlée, appelé plus tard en Europe, "semi-contact"). Mais ces grands tournois de "point fighting" (à la "touchette") ne satisfaisaient pas tout le monde ; il fallait une raison, bien plus importante, pour attirer les sponsors et la télévision : le "K.O.system" (les Américains n'appréciaient pas les simulacres de combat). C'est pour ces raisons que naquit le "Full contact Karate" le 14 septembre 1974 à Los Angeles (Californie) lors d'une soirée historique réunissant 12.000 spectateurs. Ce fut le premier championnat du monde P.K.A. sur tatami.
La révolution du karaté américain
Le 1er héros fut le très célèbre karaté-ka Joe Lewis qui disputa le premier match de "karaté " avec des gants de boxe. Un nouveau style de combat était né. Lentement, cette forme sportive se structura, des rencontres s'organisèrent un peu partout et Howard Hanson, célèbre organisateur et ceinture noire de Karaté Shorin-Ryu, eut l'idée d'organiser les combats sur un ring plutôt que sur un tatami. Il fallait une fédération pour régir ce nouveau sport, la première fut la "Professional Karate Association" (P.K.A.) fondée par Mike Anderson et les époux Don et Judy Quine. Cette fédération avait pour objectif de coordonner et de promouvoir cette discipline au niveau professionnel dans le monde entier. Mike Anderson à cette époque dirigeait la revue "Professional Karate Magazine" et organisait la "Top ten national" à l'issue de laquelle des sommes importantes étaient distribuées aux vainqueurs. Cette forme de compétition a été introduite en France par Dominique Valéra (célèbre karatéka français) à la fin des années 1970, sous le nom de "Full-contact", appelée plus tard "Boxe américaine" suivant des directives ministérielles.
Le kick-boxing version low-kick
Rapidement les Américains ont dominé le monde occidental avec leurs vedettes : Bill Wallace, dit : "superfoot" grâce à sa légendaire jambe avant. Il fut le porte drapeau du mouvement du "Full contact Karaté", Joe Lewis bien sûr, Jeff Smith (meilleur "point fighter" en 1974, élève du célèbre Coréen Jhoon Rhee, connu comme le "père du Taekwondo américain" et inventeur des protections en plastique utilisées pour le lancement du Full Contact le 14 septembre 1974), Isaias Duenas et Joe Corley.
Mais un autre tournant annonce la naissance du Kick-boxing moderne. Howard Hanson, élève de Mike Stone, professionnel des organisations et visionnaire, s'aperçoit que les règles dans lesquelles les combats s'inscrivent sont trop limitées. Pour lui, un vrai champion doit défendre son titre contre des combattants de tous les pays. Certes, les Américains dominaient "leur monde" mais pour rencontrer les Asiatiques (notamment les Japonais et les Thaïlandais), il fallait ajouter à leur sport une technique essentielle : la frappe dans les jambes ou low-kick. Enfin naquit un style plus complet alliant techniques de poing (boxe anglaise) et de pied (Karaté, Taekwondo...et Muay-thaï) s'appelant le Kick-boxing.
Une des vedettes de la P.K.A., Benny "the jet" Urquidez, s'inscrit dans ce projet qui donnait naissance à une nouvelle structure, en 1976, s'occupant du Kick-boxing, la "World Karate Association" (W.K.A.) devenue plus tard la "World Kickboxing Association". L'emblème choisi par la W.K.A. fut un globe entouré d'une ceinture noire afin de symboliser le but international de cette organisation.
Benny Urquidez rencontre et bat, à la fin des années 1970, les plus grands champions comme le Thaïlandais Narong Noi (en 1977) et certains grands champions du Kick-boxing japonais, suscitant la stupéfaction générale. Benny "the jet" est rapidement suivi par de nombreux champions américains.
Les vedettes du Kick-boxing apparaissent régulièrement dans les shows télévisés : Jean-Yves Thériault (vedette de la P.K.A.) et Michel Rochette tous deux Canadiens, Carl Beamon et bien sûr l'immense Benny Urquidez (champion du monde dans différents styles dans plusieurs catégories, qui effectua un come-back à 42 ans, pour remporter un nouveau titre). Ce dernier deviendra une idole au pays du soleil levant grâce à son style spectaculaire et à sa longévité exceptionnelle. On peut citer aussi Kunimasae Nagae, Blinky Rodriguez, Steve Sheperd, Kunamitsu Cekao, Alvin Prouder, Toshio Fujiwara, etc. D'autres grands noms font la renommé du Kick-boxing, comme Don Wilson, Pet Cunningham, Maurice Smith, etc.
Les ratings
L'élaboration d'un classement indépendant (rating, inventé par Paul Maslak) aida à y voir plus clair dès l'année 1979. Cela permit aux combattants de tous les styles pieds-poings de pouvoir se situer en dehors de tout "star-system", une cohérence émergeait enfin. Désormais les organisateurs devaient respecter un véritable classement mondial. Seuls les vrais champions et leur challenger pouvaient monter sur le ring, titre en jeu.
Le kick-boxing en Europe
Les premières organisations qui eurent lieu en Hollande firent entrer l'Europe dans le grand cercle mondial du Kick-boxing. Les Pays-Bas, berceau européen du Kick-boxing, brillèrent avec leurs grands champions tels : Lucien Carbin, André Brilleman, Yvan Hypolyte et surtout les désormais légendaire Fred Royers surnommé "le gladiateur " (superstar des rings avec plusieurs titres mondiaux dans différentes boxes pieds-poings), ainsi que Rob Kaman (à l'efficacité et à la longévité exceptionnelle).
Pour l'arrivée en France de la discipline Kick-boxing, on retiendra les chefs de file, Richard Dieux et Joël Goncalves.
Le développement de cette pratique, malgré la multitude de sports de contact qui existaient déjà, a été possible grâce à ses règles se situant au carrefour d'un style dur comme la boxe thaïe et d'autres styles tels que le Full-contact et la Boxe française-savate.
Pendant un temps, la plupart des pays européens reconnaissait la W.K.A. Ensuite les responsables de grandes fédérations mondiales décidèrent de proposer des titres dans l'ensemble des disciplines pieds-poings (Full-contact, Muay-thaï, et Kick-boxing). À côté de structures sérieuses se développèrent des fédérations fantasques. Ce qui compliqua les choses.